Jaadugar — Une histoire de savoir, de pouvoir et de destins

Jaadugar — Une histoire de savoir, de pouvoir et de destins

2026-08-17

Une histoire dans la Perse médiévale, un empire qui s'étend,
des personnages qui ne sont pas forcément là où on les attend...

Une impression de conte alors qu'elle raconte une histoire loin d'être légère.

Il y a des œuvres que l'on regarde pour leur histoire et d'autres pour leur univers,
et parfois les deux se mélangent suffisamment pour donner envie d'aller voir ce qu'il y a derrière.
C'est un peu ce que je ressens avec Jaadugar.

Le manga de Tomato Soup, adapté en anime par Science SARU,
nous emmène au début du XIIIe siècle, dans la ville de Tus, dans l'est de l'Iran.

On y suit Sitara, une jeune fille recueillie par une famille de lettrés,
avant que l'expansion de l'Empire mongol ne bouleverse complètement sa vie.

Sur le papier, il y aurait largement de quoi faire un énorme dossier historique mais ce n'est pas vraiment le but ici.

J'avais surtout envie de parler de cette œuvre, de ce qu'elle raconte et de cette drôle d'impression qu'elle laisse :
celle d'un monde immense, traversé par les guerres, les ambitions et les changements de pouvoir,
mais raconté avec un dessin presque doux et proche du conte.


Une histoire qui commence dans la Perse médiévale

Jaadugar commence en 1213, à Tus, dans l'est de l'Iran actuel.

Sitara a perdu sa mère et se retrouve loin de son foyer.
Elle est recueillie par Fatima, une femme issue d'une famille de lettrés.

Au début, Sitara n'a pas particulièrement envie d'étudier.
C'est finalement Muhammad, le fils de Fatima, qui lui fait comprendre que le savoir peut devenir une forme de liberté :
comprendre davantage le monde permet aussi de mieux savoir quoi faire lorsqu'il devient difficile.

Et c'est probablement l'une des premières choses que j'aime dans le récit :
l'intelligence de Sitara n'est pas simplement présentée comme une qualité sympathique du personnage.
Elle devient progressivement un outil de survie.

Puis l'Histoire, avec un grand H, finit par entrer dans sa vie.

L'expansion de l'Empire mongol atteint Tus.
Les habitants sont capturés, la ville est ravagée et Sitara perd presque tout ce qui lui restait.

À partir de là, son savoir change de fonction.

Ce qui était d'abord une manière de découvrir le monde devient quelque chose qui peut lui permettre d'y survivre.

Et surtout, de comprendre ceux qui sont désormais autour d'elle.


Quand les frontières modernes commencent à brouiller notre regard

Il est assez facile aujourd'hui, de regarder une carte de l'Asie et de penser en pays : Iran, Mongolie, Chine, etc.

Le monde de Jaadugar ne fonctionne évidemment pas comme cela.

L'histoire se déroule dans un espace où les populations, les langues, les savoirs et les pouvoirs
circulent sur des distances qui dépassent largement les frontières auxquelles nous sommes habitués.

Les Ouïghours sont explicitement mentionnés dans l'anime.
C'est assez inattendu quand on vient avec une vision forcément influencée par les frontières et les États actuels.

Cela rappelle aussi que ces frontières modernes n'ont pas grand-chose à voir
avec la manière dont les populations et les pouvoirs circulaient dans l'Asie médiévale.

L'un des personnages présentés dans l'anime, Chinqai,
est d'ailleurs explicitement décrit comme Ouïghour et ancien marchand au service de l'Empire mongol.

Ce détail n'a pas besoin de devenir un cours d'histoire à lui tout seul,
mais il participe à une chose que Jaadugar fait plutôt bien :

Montrer que cet empire rassemble des gens et des trajectoires très différentes, Et cela se ressent surtout à travers les personnages.

Jaadugar — voyage dans le monde mongol

Une histoire racontée par les rencontres

Jaadugar ne présente pas les différents peuples et les différents personnages comme une succession de fiches historiques.

On les rencontre à travers l'histoire de Sitara, au fil de ses déplacements et de ses rencontres.

Et ces rencontres permettent progressivement de voir apparaître les intérêts de chacun :
leurs ambitions, leurs alliances, leurs conflits, mais aussi parfois simplement leur destin personnel.

C'est là que l'histoire devient plus intéressante qu'une simple reconstitution historique.

Les grands bouleversements sont bien là, mais ils passent toujours par des individus.

Un personnage veut survivre, un autre veut monter dans la hiérarchie.

Certains cherchent à protéger les leurs, d'autres veulent le pouvoir.

Et parfois, les intérêts de deux personnes qui n'avaient aucune raison de se rencontrer finissent par se rejoindre.

C'est notamment ce qui rend la relation entre Sitara et Töregene aussi importante dans le récit.
Toutes les deux ont leurs propres raisons de détester l'ordre qui les entoure, leurs propres blessures,
et pourtant leurs chemins vont finir par se croiser.

Ce n'est pas forcément spectaculaire en permanence.
L'Histoire avance pendant que les personnages essaient simplement de trouver leur place dans ce qui leur arrive.


Les personnages — quelques repères pour les curieux / curieuses ~\*

Le site officiel fait beaucoup mieux que moi cette présentation. Mais comme les personnages sont réellement au cœur du récit, je trouvais intéressant de garder quelques repères et de laisser chacun aller voir un peu plus loin s'il en a envie.

Sitara / Fatima

C'est évidemment le personnage par lequel on entre dans l'histoire.
Sitara est une jeune fille marquée très tôt par la perte,
le déplacement et la nécessité de s'adapter.

Son éducation prend alors une importance énorme,
parce que le savoir devient peu à peu ce qu'elle peut réellement garder avec elle.

Après l'invasion mongole, elle reprend le nom de Fatima, en mémoire de la femme qui l'a recueillie.

Sitara / Fatima

Töregene

Épouse d'Ögedei et l'une des figures importantes de la partie mongole du récit. Töregene n'est pas simplement là comme contrepoint à Sitara : elle possède son propre passé, ses propres rancœurs et sa propre manière de regarder l'Empire.

Sa rencontre avec Sitara donne au récit une autre dimension : deux femmes qui, pour des raisons différentes, ont toutes les deux quelque chose à reprocher au monde qui les entoure.

Töregene

Fatima

La femme qui recueille Sitara et lui ouvre cette première porte vers le savoir. Son rôle dans l'histoire paraît d'abord plus discret que celui des personnages qui arrivent ensuite.

Mais ce qu'elle transmet à Sitara reste présent bien après sa disparition, ce qui rend son influence beaucoup plus importante que sa présence réelle dans le récit.

Fatima

Muhammad

Le fils de Fatima et l'un des premiers à réellement pousser Sitara vers l'étude. Son importance tient justement à cette idée simple : apprendre permet de mieux comprendre le monde.

Et c'est finalement une idée qui accompagne toute l'histoire.

Muhammad

Tolui

Fils de Gengis Khan et quatrième prince de l'Empire mongol. C'est lui qui intervient directement dans la chute de Tus et dans le basculement de la vie de Sitara.

Il représente aussi une partie de cette violence politique qui arrive de l'extérieur et oblige les personnages à changer complètement de stratégie.

Tolui

Ögedei

Troisième fils de Gengis Khan et futur empereur mongol. Le personnage est plus calme et observateur que certains autres membres de sa famille, ce qui rend sa position intéressante dans les jeux de pouvoir qui se mettent progressivement en place.

Ögedei

Chinqai

Un ancien marchand ouïghour au service de l'Empire mongol.

C'est un personnage secondaire, mais sa présence m'a justement fait tiquer parce qu'elle rappelle à quel point le monde de l'histoire est vaste et composé de populations différentes.

Chinqai

Une histoire sérieuse avec un dessin presque tendre

C'est probablement ce qui m'a le plus marqué visuellement dans Jaadugar.

L'œuvre parle de guerre, de conquête, d'esclavage, de vengeance, de politique et de rapports de pouvoir.
Et pourtant, les personnages ont souvent quelque chose de très doux dans leur représentation.

Le trait est simplifié, les silhouettes sont lisibles,
les expressions peuvent être très franches et certains visages ont même quelque chose d'assez enfantin.

Ce n'est pas enfantin dans le sens où l'histoire le serait.
C'est plutôt une stylisation qui rappelle certaines illustrations ou animations de conte et de légende.

C'est une sensation assez particulière,
parce qu'elle contraste énormément avec ce que l'on voit réellement dans l'histoire.

On peut avoir un personnage très simplement dessiné, presque comme s'il sortait d'une vieille illustration,
et le voir quelques instants plus tard évoluer dans une situation politique autrement plus lourde.

Je trouve que ce contraste fonctionne étonnamment bien, il donne à Jaadugar quelque chose de presque intemporel.

Et cela me rappelle aussi cette manière qu'ont certains contes de raconter des choses très dures
avec des formes finalement très simples.
Pas forcément pour les rendre moins graves mais plutôt pour permettre au récit d'être raconté.


Un monde très riche jusque dans les détails

L'autre chose qui ressort énormément, ce sont les décors et les costumes.

Il y a beaucoup de couleurs, d'étoffes, de bijoux, de coiffures, d'objets et de petits éléments
qui donnent l'impression que le monde a réellement été pensé au-delà des seuls personnages.

Visuellement, cela crée une impression de monde très oriental, mais il vaut mieux être précis :
l'univers de Jaadugar est particulièrement lié au monde persan et à l'espace mongol,
avec les circulations culturelles propres à cet immense ensemble eurasiatique.

Ce que j'aime surtout,
c'est que les costumes ne donnent pas simplement une information du type «nous sommes dans une vision du passé».
Ils contribuent à distinguer les personnes, leur statut, leur environnement et parfois même
la manière dont elles se présentent aux autres.

Les décors jouent le même rôle.

On sent le passage d'un univers persan à celui de l'Empire mongol
et cette transition participe beaucoup au sentiment de voyage que donne la série.

Ce n'est pas seulement Sitara qui change de monde.

**

Jaadugar — costumes et détails de décor

Le monde autour d'elle change aussi.**


Manga et anime : deux façons de raconter la même histoire

Le manga de Tomato Soup possède déjà cette identité visuelle très particulière, avec ses personnages un peu " chibi " et son équilibre assez surprenant entre mignonnerie et sujet historique sérieux.

L'anime ajoute forcément quelque chose :
la couleur, le mouvement, les décors animés et le travail du son
changent la manière dont certaines scènes sont ressenties.

La production est assurée par Science SARU avec Naoko Yamada comme réalisatrice générale, Abel Góngora à la réalisation
et Kenichi Yoshida au character design et à la direction de l'animation.

Ce choix de studio a du sens, quand on voit la volonté de conserver l'aspect très particulier du manga tout en lui donnant une vraie vie en mouvement.

L'équipe est même allée effectuer des repérages en Mongolie, notamment dans des musées et auprès de familles vivant dans des gers, afin de mieux comprendre l'environnement dans lequel les personnages allaient évoluer.

Je trouve que cela se ressent surtout dans les petits détails.

Pas forcément dans une volonté de faire une reconstitution documentaire parfaite,
mais dans le soin donné à ce qui entoure les personnages.


Ce que je retiens de Jaadugar

Je pense que ce qui me plaît le plus dans Jaadugar,
c'est finalement cette façon de raconter une très grande Histoire à hauteur de personnages.

On parle d'empires, de conquêtes, de successions et de pouvoir.

Mais ce que l'on suit réellement,
ce sont des personnes qui essaient de comprendre ce qui leur arrive et de trouver une manière d'avancer.

Et à cela s'ajoute cette esthétique presque douce, colorée
qui pourrait sembler contradictoire avec ce que l'œuvre raconte.

C'est justement ce contraste qui fonctionne. Une histoire dure racontée avec un dessin doux.
Des personnages très stylisés placés dans un monde historique extrêmement vaste.

Des frontières qui nous semblent évidentes aujourd'hui et qui dans cette époque,
ne veulent plus dire grand-chose lorsqu'on suit les déplacements des hommes, des connaissances et du pouvoir.

Jaadugar n'est peut-être pas l'œuvre la plus spectaculaire qui soit à chaque instant,
mais elle possède quelque chose d'assez rare.

Elle donne envie d'aller regarder un peu plus loin que ce qu'elle montre.
Et pour une œuvre qui parle justement de savoir et de transmission, ce n'est finalement pas un mauvais résultat.


Pour aller plus loin

L'anime

Site officiel de Jaadugar
Site officiel de l'anime Jaadugar

Le site officiel regroupe les informations sur l'anime, son univers, les personnages et les différentes actualités.

Personnages, équipe et casting
Staff & Cast

Les fiches officielles permettent notamment de retrouver les personnages ainsi que l'équipe de production.

L'histoire et les épisodes
Story

Pour retrouver le déroulement officiel de l'histoire et les informations concernant les différents épisodes.

Le manga original

Tomato Soup — A Witch's Life in Mongol
Le manga sur Souffle

Le manga original est signé Tomato Soup et est publié par Akita Shoten dans Souffle.
Le site de Souffle propose notamment les chapitres et différents contenus consacrés à l'œuvre.

À propos de l'adaptation

Tomato Soup × Abel Góngora
Entretien spécial sur l'adaptation animée

Un entretien particulièrement intéressant autour des différences entre le manga et l'adaptation animée,
ainsi que du travail réalisé pour donner vie à l'œuvre avec Science SARU.

Tomato Soup × Naoko Yamada
Entretien spécial avec Naoko Yamada

Un autre échange intéressant consacré à la création de l'adaptation et au regard porté sur l'œuvre originale.

Et pour aller un peu plus loin dans l'univers historique

Une discussion autour de la création de Jaadugar
Tomato Soup, chercheurs et équipe éditoriale — Souffle

Cette ressource est particulièrement intéressante pour ceux qui souhaitent aller au-delà de l'anime
et découvrir quelques éléments sur les recherches historiques,
la création du manga et les réflexions qui entourent son univers.


Article écrit autour du manga et de l'adaptation animée de Jaadugar.
Les éléments historiques sont volontairement présentés comme des repères,
(s'agissant de ma propre lecture personnelle de l'œuvre) lorsque l'article parle d'esthétique ou de ressenti.
Les visuels issus du site officiel sont utilisés uniquement à titre illustratif et éditorial.
Ils restent la propriété de leurs ayants droit et ne constituent pas des créations personnelles.
Les ressources officielles sont indiquées dans la section « Pour aller plus loin ».

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